Allouz, 1 plus grand que 2 du caricaturiste Baki Boukhalfa: Quand l’image détrône l’écrit
Lundi 24 Mai 2010
Il s’appelle Baki Boukhalfa, il a à peine 30 ans et la caricature le passionne. Diplômé de l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger, option design graphique (2007), Baki a exercé comme caricaturiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires nationaux avant d’atterrir à Echourouk.
Ses dessins ont dépassé les frontières puisqu’il a collaboré avec quelques médias étrangers dont le journal français le Courrier international. Baki Boukhalfa vient d’éditer son premier livre Allouz, 1 plus grand que 2. 166 caricatures satiriques, drôles et osées sont présentées aux lecteurs. «L’idée de publier mon travail me trottait la tête depuis 2006. Toutefois, ça n’a pas été du gâteau. En Algérie, un artiste ne peut éditer facilement ses travaux. C’est le parcours du combattant», affirme-til. Un défi qu’il a réussi à relever parce que son livre est aujourd’hui sur les étals des librairies. «La Bibliothèque nationale a refusé de m’aider. Le ministère de la Culture aussi. La politique actuelle n’encourage guère la création artistique. Cela n’a fait que m’encourager à aller de l’avant. Je n’ai pas voulu abandonner.» Ses dessins jouent sur le graphisme, donc l’image. Un plus grand que deux, c’est cela. C’est l’image qui capte l’attention en premier, qui aguiche et qui séduit. Puis, suivent tous les autres sens. Allouz, signature de l’auteur, renvoie aux amandes. Baki explique que dans la culture algérienne, les amandes symbolisent tout ce qui est beau et magnifique. «Allouz est un mot que je dessine. Je pense que le dessin se comprend dans toutes les langues. Quand j’écris allouz en arabe, le mot commence par un A et se termine par un Z, entre ces deux lettres sommeillent toutes les lettres qui forment les alphabets latines», précise-t-il. Ses dessins évoquent tout. Des faits sociaux aux évènements politiques (nationaux et internationaux), de la culture à l’économie ou la religion, Baki touche à tout. Il n’a pas peur. Sa plume s’exprime librement et sa jeunesse révoltée explose et redessine l’Algérie et ses paradoxes.
Entre les pages, c’est un regard critique, cru et collé à la réalité que l’on découvre avec plaisir. «Aujourd’hui, nous vivons l’ère de l’image. C’est l’image qui crée la réalité et pas le contraire », indique Baki. Contrairement à beaucoup, cet artiste n’aime pas qualifier son art «d’arme». Il pense que cette expression est violente. «Je préfère dire que la caricature est comme une baguette magique car les dessins peuvent orienter l’opinion publique et l’instruire. C’est un effet magique ! Bien sûr dans le sens positif puisque l’on peut aussi la désorienter », insiste-t-il. Le livre est préfacé par Slim. Baki a tenu à apporter sa contribution. L’on peut lire dans les premières pages ses terribles confidences. Des aveux qui font mal. Baki raconte le métier de journaliste en Algérie, les désillusions et l’hypocrisie de ce monde qu’il l’a tant fait rêver. Le même a du courage et une responsabilité qu’il dit assumer. «C’est un monde sauvage. Un métier dangereux et fatigant. Les patrons de presse sont hypocrites et ignorent tout sur l’esthétique artistique. Leur seul but est d’amasser de l’argent… Ce sont des entreprises qui commercialisent tout et qui se nourrissent des blessures des plus faibles pour se faire un nom…».
Irane Belkhedim
-Allouz, 1 plus grand que 2,de Baki Boukhalfa, 190 pages, éditions Essahl, Alger 2009
Source: Le Soir d'Algérie
DZactu: Actualité algérienne et kabyle- Culture d'Algérie et de Kabylie
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