Terrorisme
Al-Qaïda menace les États du Sahel
Jeudi 11 Mars 2010
Annoncé depuis dimanche dernier sur les sites Internet utilisés par Al-Qaïda et ses organisations terroristes locales, un «discours» d’Al-Qaïda au Maghreb islamique «adressé aux peuples et dirigeants des pays du Sahel et de l’Afrique subsaharienne» est finalement tombé, hier, en début de soirée.
Comme il fallait s’y attendre (voir Le Soir d’Algérie du 9 mars 2010), l’organisation terroriste se prépare à investir les pays de la région et tente de se donner les raisons dont elle est la seule à être convaincue. Ce discours de Mebrek Yazid dit Abou Obayda Youcef, un ancien sanguinaire du GIA dans l’Est algérien, devenu actuellement le numéro deux d’AQMI, dure 18 minutes. Il est lui-même justifié par le fait que son organisation a constaté qu’«aujourd’hui plus que par le passé, une ingérence et une pression des juifs et des chrétiens sont exercées contre l’Afrique et particulièrement les Etats du Sahel, se présentant sous l’apparence d’une guerre de croisade américaine contre l’islam mais, en réalité, visant la colonisation des terres des musulmans et la spoliation de leurs richesses». Accusant les Etats-Unis d’insister sur le projet d’Africom, la France d’intervenir militairement dans la région et leurs «valets» locaux de s’intéresser à l’«Initiative militaire des Etats du Sahel contre le terrorisme», l’organisation terroriste se donne le droit de «rompre le silence et la retenue» qu’elle avait observés jusque-là pour ne pas se mêler des «affaires des pays voisins». Il s’est imposé à elle, argumente l’orateur criminel, «le devoir de s’adresser aux peuples de ces pays pour les aviser et les conseiller dans l’intérêt de leur religion et leur existence et les avertir sur le machiavélisme de leurs ennemis et ennemis de leur communauté et de leur race». Surtout que l’écrasante majorité des habitants de ces pays sont musulmans. Interpellant les «peuples musulmans mais aussi tous les habitants du Sahel dans la diversité de leurs origines et leurs religions ainsi que leurs (dirigeants) politiques et leurs sages», AQMI veut dégager sa responsabilité et «leur montrer la vérité afin qu’aucune excuse ne soit permise ». Elle leur dit que la guerre qu’elle mène est légitime. Elle vise à contrer l’agression croisée contre l’Islam dans les pays maghrébins qui a commencé avec la colonisation de l’Algérie en 1830 et qui continue à ce jour avec la collaboration des «apostats ».
Mais, est-il souligné, l’objectif n’a jamais été d’entraîner d’autres pays et peuples dans la bataille. La seule «activité» d’AQMI dans ces pays a été de «cibler les croisés et leurs intérêts». Et «même les quelques incidents limités dans certains de ces pays contre leurs armées gouvernementales ont eu lieu pour une question de légitime défense». Néanmoins, cette même AQMI a observé que «des signes d’un plan pervers de fabrication américano-européenne a commencé à prendre forme sur la terre sahélienne et dans ses cieux pour créer des «discordes » entre elle et les pays de la région afin de les entraîner dans «une guerre par procuration au profit des croisés», contre elle. Une guerre qui s’est déjà révélée dans le faceà- face avec les «moudjahidine, un jeu perdant et une aventure hasardeuse» en Afghanistan, en Irak ou en Somalie d’où l’Ethiopie a été acculée à se retirer après l’avoir envahie pour casser l’Etat islamique qui était en cours de constitution. Il en sera de même dans cette «tentative américano- européenne de rééditer cette expérience avec les gouvernements» des Etats du Sahel qui seront «entraînés dans une guerre perdue contre les moudjahidine d’AQMI. Une guerre où les peuples seront les seuls perdants car l’Amérique et la France veulent régler leurs comptes avec l’Islam» à travers eux, «avec des mains autres que les leurs et sur des terres autres que les leurs». Ils veulent que «brûlent Bamako, Niamey et Ougadougou. Pour que soient sauvés Washington, Paris et Londres». Ayant ainsi «montré la vérité», l’ancien terroriste du GIA lance un appel aux «frères et amis en Mauritanie, au Mali, au Niger, au Tchad, au Sénégal, au Burkina Faso, au Nigeria et dans tous les pays africains» pour leur rappeler que «l’Afrique n’a pu atteindre la gloire, la puissance et la civilisation que sous l’étendard de l’Islam, à l’ombre du Coran. Par contre, elle n’a connu qu’asservissement, esclavagisme, faiblesse et avilissement lorsque se sont déversés sur elle les partisans de la Croix, Européens et Américains, qui ont colonisé la terre des ancêtres, répandu le sang, détruit les maisons et les biens et semé les pires atrocités».
Accusant l’Occident de mentir quand il prétend vouloir aider au développement dans la région alors qu’il ne cherche qu’à y «construire des bases militaires », il rappelle ce qu’un musulman encourrait comme colère divine s’il aidait un mécréant contre AQMI tout en promettant aux dirigeants des Etats du Sahel que tout ce qu’ils auraient à gagner s’ils collaboraient avec les «croisés » serait la «dislocation et la chute» de leurs gouvernements. Il conclut son discours en insistant sur la volonté d’AQMI de rester «déterminée pour ruiner la coalition occidentale croisée ». Et pour cela, il appelle «partout les musulmans dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest» à se tenir aux côtés de son organisation, la soutenir, l’aider et se préparer au djihad qui est la raison de la pérennité de la religion et de la dignité des musulmans. Il les appelle à soutenir les «moudjahidine protecteurs, partisans, héros, cavaliers de l’Islam».
Mohamed Issami
Source: Le Soir d'Algérie
DZactu: Algérie- Actualité algérienne
|